Deloitte relance les rémunérations après une année difficile
Après plusieurs mois marqués par le ralentissement du marché du conseil, Deloitte annonce une hausse des bonus et des augmentations salariales pour ses employés au Royaume-Uni. Le cabinet affirme avoir dépassé ses objectifs de profit grâce à une amélioration de sa productivité, une meilleure rentabilité des missions et le développement rapide des activités liées à l’intelligence artificielle. Cette embellie intervient alors que l’ensemble du secteur du conseil tente de sortir d’une phase de ralentissement après l’euphorie post-pandémie.
Des bonus et des promotions en nette hausse
Selon des informations révélées par le Financial Times, le directeur général de Deloitte UK, Richard Houston, a annoncé aux salariés une augmentation de 14 % de l’enveloppe globale des bonus. Les salaires progresseront en moyenne de 4,2 %, contre 2,9 % l’année précédente. En parallèle, près de 28 % des effectifs — soit environ 6 000 personnes — bénéficieront d’une promotion lors du prochain exercice financier.
Ces annonces marquent un changement important après une année 2025 difficile pour Deloitte. Le cabinet avait alors enregistré une baisse de 1 % de son chiffre d’affaires au Royaume-Uni, une première depuis 2010. Le ralentissement concernait principalement les activités de conseil, de nombreuses entreprises ayant réduit leurs dépenses dans un contexte marqué par la hausse des taux d’intérêt et les incertitudes économiques.
Comme les autres membres des “Big Four” — PwC, EY et KPMG — Deloitte a subi le retournement du marché après plusieurs années de forte croissance. Entre 2020 et 2022, les entreprises avaient massivement investi dans la transformation numérique, la cybersécurité et les réorganisations internes. Mais ce cycle de dépenses s’est ensuite essoufflé.
L’intelligence artificielle devient un moteur de croissance
Pour retrouver de la croissance, Deloitte mise désormais fortement sur l’intelligence artificielle. Le cabinet accompagne les entreprises dans l’intégration des outils d’IA générative, l’automatisation des processus, la gestion des données ou encore la transformation des organisations.
Depuis le succès mondial de ChatGPT et des technologies génératives, les cabinets de conseil cherchent à se repositionner sur ce marché particulièrement porteur. Selon le cabinet IDC, les dépenses mondiales liées à l’intelligence artificielle pourraient dépasser 630 milliards de dollars d’ici 2028. Gartner estime de son côté qu’une majorité de grandes entreprises expérimentent déjà des projets utilisant l’IA générative.
Richard Houston explique également que Deloitte a amélioré sa rentabilité grâce à une meilleure “utilisation” de ses consultants, c’est-à-dire un nombre plus élevé d’heures facturées aux clients. Le groupe a aussi renforcé le recours à ses “delivery centres”, des centres opérationnels situés dans des zones à coûts plus faibles, notamment en Inde ou en Europe de l’Est.
Cette stratégie permet aux grands cabinets internationaux de maintenir leurs marges malgré la pression exercée par les clients sur les prix des missions de conseil.
Un secteur encore confronté à de fortes incertitudes
Malgré ce redressement, Deloitte reste prudent sur les perspectives économiques. Dans son message adressé aux salariés, Richard Houston évoque la persistance des tensions inflationnistes, le niveau élevé des prix de l’énergie et les incertitudes financières mondiales.
Le cabinet avait déjà engagé plusieurs mesures d’économies au cours des dernières années. En 2024, Deloitte avait réduit certaines dépenses internes et limité les déplacements professionnels. Les bonus de l’activité conseil avaient même été abaissés de 20 % après des résultats jugés décevants.
Ces mesures avaient toutefois permis de préserver les revenus des associés du cabinet. Malgré le ralentissement observé en 2025, leur rémunération moyenne avait progressé de 4 %, atteignant environ 1,05 million de livres sterling.
L’annonce de Deloitte illustre ainsi la transformation actuelle du secteur du conseil. Après une phase de réduction des coûts et de ralentissement des investissements, les grands cabinets cherchent désormais à relancer leur croissance grâce aux services technologiques et à l’intelligence artificielle. Dans cette nouvelle compétition, attirer et fidéliser les talents redevient un enjeu central, ce qui explique les efforts consentis sur les rémunérations et les promotions.
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