« Nous observons une forte augmentation de la demande sur les postes Sales et Marketing dans le Web3 »
Les métiers de la finance qui s'articulent autour de la blockchain, des cryptoactifs ou bien encore de la finance décentralisée (DeFi) vous attirent ? Sachez que les développeurs informatiques ne sont pas les seuls profils recherchés comme nous l'explique Aurélien Mary, cofondateur du cabinet de recrutement Stack Talent spécialisé dans le Web3.
Vous avez confondé Stack Talent, une solution RH dédiée à l’écosystème Web3 & crypto depuis 2021, expert en recrutement et développement des équipes Techs Web3 et Web2, Produits, Légales, Marketing et Sales. Comment vous est venue l'idée d'opérer sur ce segment en France ?
Mon associé, Sébastien Mesle, évoluait déjà dans le secteur du recrutement lorsqu’il a échangé avec plusieurs startups blockchain. Celles-ci lui ont fait part de leurs difficultés à trouver et recruter des talents qualifiés sur cette technologie. En parallèle, l’année 2021 a été marquée par de nombreuses levées de fonds en France, favorisant l’émergence de leaders européens du Web3. Cette dynamique a entraîné une forte demande et une pénurie de talents spécialisés. Face à ce constat, nous avons décidé d’accompagner cet écosystème en développant une solution RH dédiée aux entreprises Blockchain/Web3 et en créant une communauté de talents experts dans ce domaine. Nous proposons aujourd’hui un service d’accompagnement complet, du développement d’application au recrutement des équipes en passant par la formation des collaborateurs aux enjeux du Web3.
Combien de clients accompagnez-vous aujourd'hui dans leur recherche de talents ? Quels sont leurs profils (startups, grands groupes....) et quels sont les métiers les plus en tension actuellement ?
Depuis quatre ans, nous avons accompagné plus de 100 entreprises en Europe, principalement des startups entre les phases de Seed et Série C, comptant entre 5 et 200 collaborateurs. Nous collaborons aussi avec les grands groupes sur des recrutements liés à leurs branches innovation, tokenisation d’actifs et retails pour certaines d’entre elles. Nous recrutons une grande diversité de profils pour nos clients, mais les métiers les plus en tension concernent le développement informatique, notamment les postes de Backend Engineer, Frontend Engineer et DevOps, avec des compétences dans des langages spécifiques au Web3. Côté métiers support nous observons une forte augmentation de la demande sur les postes Sales et Marketing depuis 2 à 3 mois. D’ailleurs, notre étude révèle que les entreprises françaises prévoient d’ouvrir plus de 200 postes, dont la grande majorité concernera les métiers tech, sales et marketing/communication.
Vous avez participé à la première édition de l’étude « Le Web3 en France », qui révèle notamment que plus de 90% des répondants considèrent que le Web3 est sous-représenté dans les écoles et universités françaises. Vous confirmez ?
Nous avons réalisé cette première édition en partenariat avec Doors3, Finance Innovation, l’ADAN et la Banque Delubac afin d’établir un état des lieux de l’écosystème français, après deux années difficiles pour le secteur de la Blockchain. Cette étude a mis en lumière plusieurs éléments clé notamment en ce qui concerne la formation. Le Web3 reste largement sous-représenté dans nos écoles, contrairement à l’intelligence artificielle, qui bénéficie depuis plusieurs années d’un large éventail de formations. Et cela porte ses fruits: les talents français sont aujourd’hui parmi les plus reconnus au monde dans le domaine de l’IA. Ce retard dans la formation Web3 soulève plusieurs enjeux majeurs, car il aggrave la pénurie de talents, freine l’innovation dans le secteur et limite l’adoption de la technologie par les grandes entreprises. Au-delà de la formation universitaire, c'est aussi le niveau de sensibilisation des exécutives managers et des conseils d’administration qui constitue un frein à l’adoption et à l’utilisation du Web3. Un écosystème ne peut se structurer sans une meilleure compréhension de ses enjeux à tous les niveaux.
L'étude « Le Web3 en France » alerte également sur une fuite des cerveaux vers d’autres pays. Comment y faire face ?
Depuis plusieurs années, nous constatons une fuite des talents vers des projets étrangers, notamment en raison de leviers d’innovation plus puissants en Amérique du Nord et en Asie, ainsi que de salaires souvent supérieurs à ceux proposés par les entreprises françaises. L’essor du télétravail, largement adopté par l’industrie, facilite aussi cette mobilité vers des projets internationaux. Pour y remédier, la France doit favoriser l’émergence de nouveaux leaders du secteur et rester à la pointe de l’innovation. Cela passe non seulement par une meilleure formation, mais aussi par un financement accru des projets à fort potentiel.
La part des femmes dans les métiers du Web3 est encore faible. Quelles sont les marges d'évolution possibles ?
La représentation des femmes dans les métiers du Web3 est comparable à celle observée dans les autres secteurs de la tech. Cela souligne la nécessité de repenser le modèle français de formation et d’accès aux filières techniques, afin d’attirer davantage de femmes dans des domaines comme la Blockchain. Il est également important de noter que de nombreuses initiatives se sont développé pour attirer les femmes dans l’écosystème web3, notamment grâce à plusieurs personnalités influentes et associations.
Pour finir, parlons rémunération : les métiers du Web3 paient généralement beaucoup mieux que d'autres métiers de la finance. Les candidats doivent-ils accepter d'être payés en cryptomonnaies ?
Tout dépend de l’expérience, du poste et du projet. Toutefois, l’écart de salaire observé en 2021 et 2022 entre l’industrie du Web3 et les autres secteurs s’est considérablement réduit. Aujourd’hui, les niveaux de rémunération sont globalement similaires. Cela dit, certaines compétences spécifiques, notamment en finance décentralisée, développement ou cryptographie, restent extrêmement recherchées. Dans ces domaines, les salaires peuvent être jusqu'à 50 % plus élevés que dans d'autres secteurs pour des postes équivalents. Concernant la rémunération en crypto, tout dépend du projet. Pour les entreprises disposant de leur propre crypto, celle-ci représente habituellement une part du bonus, plutôt que l’intégralité du salaire. Ce modèle permet d’aligner les intérêts des employés avec la performance de l’entreprise et de son token. En revanche, l’utilisation des stablecoins pour le paiement des salaires se généralise progressivement, et simplifie la paie des salaires lorsque les employés sont basés à l’étranger.
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