Éclairage sur les métiers du chiffre avec Ludovic Bessière : Business Director FRABENELUX chez Hays.
Qu’est-ce que représentent les métiers du chiffre chez Hays ?
La division finance chez Hays est la 2e division du cabinet et représente aujourd'hui entre 120 et 130 personnes. C’est toujours un peu la compétition avec le BTP et l'industrie qui marche aussi très bien. C'est une activité importante chez nous car c'est le marché du recrutement qui est aussi comme ça d'une manière générale. Crise ou pas crise, confinement ou pas confinement, on a toujours besoin de recruter des comptables et des contrôleurs de gestion.
Quelles sont les tendances de recrutements en comptabilité en entreprise ou en cabinet ?
J'ai fait l'analyse récemment justement pour voir le nombre de jobs qu'on avait ouvert chez Hays en 2022 et depuis 20 ans et je constate qu’on recrute toujours massivement en comptabilité et contrôle de gestion. Ce qui change, ce sont les dimensions des postes en fait et les niveaux de compétences exigées techniques ou soft skills. On va recruter aussi de plus en plus de personnes qui vont avoir de grosses sensibilités sur les sujets informatiques, les automatisations des tâches, la dématérialisation, la partie data aussi. Tout ça, ce sont aujourd’hui des dominantes assez fortes.
Est-ce que vous constatez une pénurie de candidats ?
On continue à souffrir d'un manque de main d'œuvre dans ce secteur. Il y a plusieurs facteurs qui l’expliquent. Il y a un manque d'attractivité. Cela va un peu mieux quand même, mais, la profession comptable et la finance d'une manière générale souffre d'une image perçue comme ennuyeuse. Cependant ça va quand même un peu mieux quand on voit le nombre de de diplômés d'expertise comptable qui sortent tous les ans. On est au-dessus de 1000, alors qu’avant on était plus aux alentours de 800. Je le constate dans les écoles de formation DCG, DSGG voire BTS où je fais des interventions. Je leur pose la question au début pour savoir qui veut devenir expert-comptable ? Et j'ai quand même beaucoup plus de mains qui se lèvent qu'avant. C'est plutôt positif. Il faut rappeler que ce sont des études longues et exigeantes. Pour devenir diplômé d'expertise comptable, c'est 8 ans d’étude. Ce sont des études très bien structurées qui forment à différents métiers. Il y a aussi une forte concurrence avec les autres secteurs comme la banque, l’assurance et le marketing qui ciblent ces candidats qui pouvaient se destiner à la finance. Enfin on est face à une population vieillissante en finance et comptabilité. Il y a quand même beaucoup de départs à la retraite qui ne sont pas toujours remplacés.
Quels sont les postes qui recrutent le plus en entreprise ?
Aujourd’hui on a beaucoup de recrutements de CDI en comptabilité générale ou en comptabilité fournisseur et client. Ce sont généralement des postes accessibles aux jeunes diplômés. On a des besoins également en contrôle de gestion et plus spécifiquement en contrôle de gestion central. Nous avons aussi des demandes pour des contrôleurs industriels. En règle générale, on recrute pour des grosses PME ou des entreprises de taille intermédiaire qui ont besoin d’un contrôleur de gestion pour suivre leurs budgets et leurs forecasts.
Est-ce que les recrutements en cabinets sont plus difficiles ?
Oui les recrutements en cabinet sont difficiles. Hays est le créateur du marché de l’audit et de l’expertise comptable en France. Quand on est arrivé en 2002, ça n'existait pas. Tous les cabinets de recrutement se focalisaient pour les directions financières. Nous nous sommes occupés de ce marché en créant la division Hays Audit, expertise comptable. On est aujourd’hui leader sur cette expertise. Oui les candidats ont pris le « pouvoir ». Ils peuvent choisir où ils veulent aller travailler. La profession attire un peu plus aujourd’hui. Travailler en cabinet d’expertise comptable c’est souvent pour les collaborateurs un passage obligé, i.e. un moyen de faire un 3ecycle. Ils vont acquérir beaucoup de compétences techniques qui pourront leur permettre de rebasculer dans une direction financière. Peu de candidats vont avoir la vocation du cabinet et là encore c’est bien dommage parce que du haut de nos 20 ans d’expérience, on s’aperçoit que ces métiers ont fortement changé. Quelque part, ce sont des métiers d’entrepreneurs. En fait, quand on est diplômé d'expertise comptable, on travaille soit à son compte soit pour le compte d’un patron de cabinet. C’est un rôle assez impactant d'une manière générale. On va conseiller des dirigeants en leur apportant des solutions et les aider à faire croître leurs chiffres d’affaires.
Quelles sont les préférences des jeunes diplômés pour démarrer en comptabilité ? L’entreprise ou le cabinet ?
Il n'y a pas de généralité. Le cabinet est très formateur. On a les cabinets d'audit qui ont la réputation d’être de très bonnes structures pour apprendre un métier. On y acquiert une vision à 360° et on se forme à l'approche du risque. Les jeunes profils en finance vont souvent y faire leurs premières armes pour ensuite se réorienter vers l'entreprise. La profession comptable libérale attire finalement les personnes qui ont très tôt la vocation.
Est-ce qu’un junior qui démarre comme comptable général en entreprise peut espérer devenir DAF un jour ?
Les compétences attendues pour un directeur financier sont assez différentes d’il y a 20 ans. Aujourd'hui, on emploie un DAF toujours pour gérer le couple contrôle et risque mais il doit avoir aussi des compétences approfondies en finance d'entreprise autour des normes comptables, de l'analyse financière, de la gestion du risque, du financement ou encore de la trésorerie. Il y a de nombreuses étapes avant qu’un comptable puisse maîtriser toutes ces tâches. Mais au-delà de ça, on va lui demander aussi rapidement de diriger des équipes et de travailler sur la construction budgétaire. Il y aussi tous les aspects de communication à maîtriser dans le métier de directeur financier. Aujourd'hui, le DAF c’est l'ambassadeur du projet de l'entreprise. Il va souvent chercher des financements. Il doit pouvoir vendre le projet d'entreprise à des banques ou à des fonds d'investissements. Il doit avoir aussi une appétence très forte pour la tech. C’est lui qui met en place les ERP et les logiciels de gestion. Il doit savoir aussi gérer toutes les problématiques de travail à distance. Le DAF doit donc maîtriser de très nombreuses hard et soft skills. Un comptable ambitieux, passionné, peut y arriver.
Est-ce que le métier en cabinet a beaucoup changé ?
Je pense qu’il est important de rappeler que le monde du cabinet n’est pas celui qu’on a connu il y a 15 ans. Aujourd'hui, on parle d'automatisation dans les cabinets, on parle de gestion de patrimoine, on parle de de start-up c’est-à-dire de domaines hyper intéressants. Je vous donne l'exemple de tous les chantiers que l’État a mis en place ces 10 dernières années. Par exemple sur le sujet du prélèvement à la source, ce sont les experts comptables qui ont accompagné tout le tissu économique dans cette transition. Idem pour la facture électronique qui sera obligatoire d’ici 2024. Ils sont en première ligne. Aujourd'hui les experts comptables ont aussi un rôle important à jouer dans la transformation énergétique des entreprises.
Est-ce que les carrières en cabinet sont stables ?
Quand on passe 2 à 3 ans en cabinets, en règle générale, on y reste. La vie en cabinet est très riche. Les salaires augmentent assez rapidement et c'est vrai qu'en cabinet, on doit aimer la comptabilité et son métier. Il faut avoir aussi un sens commercial. On est face à un dirigeant et on doit lui apporter des solutions. On doit pouvoir l'accompagner chez le banquier pour obtenir un financement. On travaille pour un portefeuille de clients. Le lundi on travaille pour une PME de 10 millions d'euros de chiffres d’affaires et le mardi et on va faire un dossier fiscal pour une PME du bâtiment. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être multitâche.
Comment ont évolué les salaires ces dernières années ?
Alors au niveau des salaires en fait, on s’est aperçu qu’en entreprise, c'est le contrôle de gestion qui a connu la plus forte augmentation de rémunération avec une hausse d’environ 15% surtout pour les candidats qui ont 5 à 6 ans d’expérience. On a aussi vu des augmentations en entreprise au niveau de la consolidation et des profils juniors par exemple. Sur Paris, un profil qui commence dans une direction financière à moins de 30 000€, généralement, si l'entreprise propose moins, ils auront du mal à trouver. En cabinet, les salaires ont augmenté gentiment, mais pas non plus d'une manière drastique. C'est-à-dire qu’on va avoir des évolutions dans les structures de rémunération. On constate des primes de bilans, des évolutions, mais pas des rémunérations aussi importantes qu’en entreprise. En fonction des territoires, parfois, soit c'est l'entreprise qui paye mieux que le cabinet, soit c'est le cabinet qui paye mieux que l'entreprise. C'est vraiment variable.
Avec le développement de l'intelligence artificielle, le métier de l'expertise comptable est-il voué à disparaître ?
Moi je n’y crois pas. C'est vraiment un mythe. On peut parler de transformation mais pas de disparition.
Si on fait le parallèle avec les métiers bancaires, d’une manière générale, on n’a pas vu disparaitre nos conseillers bancaires. On a toujours besoin d’aller physiquement dans une agence pour monter un prêt immobilier. C’est la même chose avec son comptable. L’automatisation des tâches, la dématérialisation, le fait de pouvoir accéder rapidement à la donnée avec des outils d’analyse vont permettre de collaborer plus rapidement et de dégager du temps pour acquérir des compétences supplémentaires type soft skills. Par contre, les métiers qui vont disparaître sont tous ceux qui ont une faible valeur ajoutée. Aujourd'hui il n’y a plus lieu d'employer des gens pour scanner des factures. Il y a aura de moins en moins d’aide comptable par exemple.
Articles liés
- Peut-on devenir directeur financier sans être passé par une grande école ?
- BlackRock : comment le géant de la gestion d’actifs forme ses futurs talents ?
- Conseiller bancaire : un métier en voie de disparition… ou en pleine transformation ?
- Gestionnaire de sinistres : pourquoi le changement climatique rend ce métier stratégique
- Assurance : quels sont les métiers qui recrutent le plus en 2026 ?