« Les directeurs financiers sont les artisans du changement. Pour réussir, nous devons leur fournir, les outils managériaux dont ils ont besoin. »
À l’occasion de ses 10 ans, l’Executive Mastère Spécialisé® direction financière de CEGOS & IÉSEG School of Management a entrepris une refonte de son programme d’excellence, visant à former les managers aux fonctions de direction financière. Nous avons rencontré les deux directeurs pédagogiques, Patrick Daguet de l’IÉSEG et Laurent Baré de CEGOS qui nous partagent les enjeux de cette refonte, les avantages du partenariat entre ces deux institutions prestigieuses ainsi que leur vision de l’évolution du métier de DAF face aux défis actuels.
Est-ce que vous pouvez nous présenter le contexte de la refonte du programme de l’EMS direction financière ?
Patrick Daguet : L’objectif principal de cette refonte est d’intégrer dans notre mastère, les évolutions récentes du métier du directeur financier. Des tendances fortes se dessinent dans les directions financières des petites, moyennes et grandes entreprises affectant durablement leur écosystème et leur mode de fonctionnement. Je me contenterai de citer trois tendances centrales qui ont conduit à cette refonte : l’accélération du processus de digitalisation des directions financières, la diffusion de l’intelligence artificielle générative dans les métiers de finance comme outil d’aide à la décision, la responsabilisation sociétale et environnementale de la direction financière face aux nouvelles contraintes réglementaires européennes et françaises. Face à ces enjeux, les directeurs financiers doivent être non seulement bien formés et solides techniquement mais aussi capables de piloter ce changement. Les directeurs financiers sont les artisans du changement. Pour réussir, nous devons leur fournir, les outils managériaux dont ils ont besoin. Cela a toujours fait partie de l’ADN de notre formation.
Quelles innovations ont été apportées au programme ?
Laurent Baré : La refonte s’est articulée autour de 3 axes majeurs. Tout d’abord, nous avons introduit des cours de soft skills, mutualisés avec les autres Executives Mastères de l’IÉSEG, représentant entre 25% et 30% des enseignements. L’objectif est de renforcer la culture transversale des futurs directeurs financiers diplômés, appelés à interagir avec un large éventail d’interlocuteurs dans la conduite du changement, notamment les membres du comité de direction, les directions opérationnelles, marketing, commerciales et industrielles. Ensuite, nous avons enrichi les cours de spécialisation en y intégrant des enseignements sur les enjeux stratégiques évoqués précédemment : l’exploitation de la data, l’intégration de l’IA dans la fonction financière, ainsi que la mise en conformité avec la directive CSRD imposée par les nouvelles réglementations européennes et françaises en matière de RSE. Enfin, nous avons repensé le rythme d’étude en adoptant un format plus concentré, avec des sessions de trois jours toutes les trois semaines, mieux adapté aux impératifs des entreprises et à la disponibilité des participants.
Patrick Daguet : Les cours de spécialisation, représentant 224 heures du Mastère ont été réagencés en trois grandes séquences pédagogiques. La première séquence vise l’acquisition des compétences fondamentales du DAF sur l’analyse financière, la modélisation et le business plan. La deuxième aborde l’efficacité opérationnelle, la création de valeur et des impératifs règlementaires. Enfin, la troisième, plus stratégique, prépare le DAF à devenir un artisan de la croissance, grâce à des modules consacrés aux opérations de transmission, à l’évaluation financière et au pilotage des risques. Quant aux cours mutualisés, comme l’a souligné Laurent, ils portent sur les compétences humaines essentielles. Ils couvrent le management stratégique, le leadership, la conduite de changement, la gestion de crise et la performance collective. Le partage de ces modules avec les autres mastères favorise la constitution d’un réseau solide entre les participants et d’une communauté professionnelle.
Est-ce que vous avez mis en place un suivi du programme en distanciel ?
Patrick Daguet : Nous avons toujours défendu un format en présentiel. L’objectif est que chaque participant puisse assister à l’ensemble des modules afin de favoriser la cohésion du groupe et de créer une véritable communauté d’intérêts. L’expérience des neuf dernières promotions a confirmé que cet aspect est fondamental. En effet, les participants sont mis en situation et deviennent pleinement acteurs de leur formation.
À quoi attribuez-vous le succès du partenariat entre IÉSEG et CEGOS ?
Laurent Baré : Effectivement, notre partenariat repose sur des bases culturelles communes et c’est cette culture partagée qui a permis d’approfondir et de développer notre collaboration. Comme l’a souligné Patrick, notre objectif n’est pas seulement d’adapter le programme aux évolutions du métier, mais aussi de transmettre aux futurs diplômés une vision plus large du rôle du directeur financier. Celui-ci doit non seulement maîtriser les aspects techniques de sa fonction, mais aussi incarner des valeurs d’humanisme et intégrer pleinement les enjeux de gouvernance, d’environnement et de responsabilité sociétale au sein de l’entreprise. Ce partenariat repose également sur l’alliance de deux établissements de référence. L’IÉSEG et CEGOS ont connu un développement significatif, tant en termes de réputation que de professionnalisme, comme en atteste les classements académiques de l’IÉSEG et l’expansion de la CEGOS, leader européen sur tous les métiers de la formation professionnelle continue grâce à une politique de croissance externe. L’IÉSEG s’impose aujourd’hui comme une école de référence dans l’enseignement de la fonction finance.
Pourriez-vous nous préciser ce que CEGOS et l’IÉSEG apportent spécifiquement au programme ?
Patrick Daguet : Les bénéfices de l’alliance entre l’IÉSEG, école triplement accréditée (AACSB, AMBA et EQUIS) et CEGOS leader de la formation continue en Europe se reflètent également dans la richesse de notre corps professoral. Celui-ci est hybride, mêlant des intervenants de l’IÉSEG, à la fois académiques de haut niveau et praticiens expérimentés ainsi que des experts de CEGOS. Notre partenaire CEGOS enrichit le programme avec l’expertise et l’expérience de ses intervenants, qu’ils soient praticiens ou consultants, dotés d’une vaste expérience dans de nombreuses industries. Leur contribution est essentielle. Ils offrent aux participants des perspectives ancrées dans les réalités actuelles du métier.
Le DAF est confronté à de nombreux défis sur l’IA, la data, la RSE. Va-t-il devoir se transformer en super-héros de la finance ?
Patrick Daguet : Non, notre objectif n’est pas de faire du directeur financier le super-héros de la finance, maîtrisant toutes ces expertises. En revanche, nous lui offrons les outils, les clés de décryptage qui lui seront nécessaires dans l’exercice de son métier. Il doit être un « sachant », capable d’identifier les défis qui lui incombent ainsi que ceux de l’entreprise qu’il représente, et savoir s’entourer des experts adéquats pour mener à bien ces missions.
Laurent Baré : En réalité, nous formons les futurs directeurs financiers ou ceux qui le sont déjà, à adopter une approche 360°. L’objectif est de leur fournir les compétences pour manager des spécialistes, surtout lorsqu’ils évoluent dans de grandes structures avec des directions financières étoffées. De cette manière, ils sont en mesure d’intégrer les enjeux de l’entreprise dans leur feuille de route financière, tout en tenant compte des évolutions et des contraintes de leur environnement, qu’elles soient technologiques ou réglementaires.
Quel rôle joue le sujet de la Data dans la formation des futurs directeurs financiers ?
Patrick Daguet : Pour nous, la data, c’est avant tout une question de méthodologie. Il faut savoir l’identifier, la collecter, la retraiter, l’analyser et ensuite la restituer. Ce n’est pas uniquement une question technique, mais également une question de compétences humaines. Collecter, analyser, reformuler la data puis la présenter exige des qualités de communication et de persuasion.
Quels sont, selon vous, les principaux défis posés par l’IA aux directions financières ?
Patrick Daguet : Le sujet de l’IA n’a pas été facile à intégrer car il est en constante évolution. Aujourd’hui, nous la considérons comme un véritable levier de productivité. L’IA permet d’automatiser certaines tâches et de libérer du temps pour les directeurs financiers. En outre, l’IA répond également aux besoins de la RSE qui est très demandeuse, de reporting, de compilation et mises en forme synthétiques. L’IA peut grandement soutenir le DAF dans ces domaines. De plus, elle est une aide précieuse dans la prise de décision, notamment pour la gestion des risques, la détection des fraudes ou encore la conformité réglementaire. Enfin l’IA est un outil prometteur pour la prédiction et la modélisation financière.
Comment avez-vous pris en compte les nouvelles exigences RSE dans votre programme ?
Patrick Daguet : En réalité, l’idée selon laquelle la conformité devient de plus en plus une composante quotidienne du directeur financier a fait son chemin. Aujourd’hui, elle fait pleinement partie de son activité. Il convient de préciser que la conformité ne se limite pas uniquement à la RSE mais englobe également des enjeux essentiels comme la protection des données et les reporting réglementaires spécifiques à chaque secteur d’activité. La non-conformité pourrait avoir des conséquences graves, telles que des amendes ou même un retrait de licence pour les entreprises concernées.
Laurent Baré : Nos apprenants viennent principalement de PME et d’ETI qui n’ont pas toujours de direction RSE. Le directeur financier devra donc endosser cette responsabilité. Par ailleurs, les banques et les fonds d’investissements intègrent désormais la RSE dans leurs critères de sélection et refusent de financer et/ou d’investir dans des entreprises non « labellisées RSE. » Ainsi, les entreprises doivent impérativement se conformer aux réglementations pour garantir leur accès au financement et optimiser le coût de ces financements. Le futur diplômé doit donc posséder une solide culture de la conformité.
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