« Il n’existe pas de parcours tout tracé pour intégrer un Family Office »

Publié le 21/05/2025

Vous rêvez de faire carrière dans un Family Office mais ne savez pas quelle est la marche à suivre ? Pour vous y aider, nous avons interviewé Guillaume Courault, délégué général de l'Association française du family office (AFFO) qui propose la seule formation à 360° dédiée aux métiers du Family Office pour les professionnels ou les étudiants disposant d’un Master.

Vous rêvez de faire carrière dans un Family Office mais ne savez pas quelle est la marche à suivre ? Pour vous y aider, nous avons interviewé Guillaume Courault, délégué général de l'Association française du family office (AFFO) qui propose la seule formation à 360° dédiée aux métiers du Family Office pour les professionnels ou les étudiants disposant d’un Master.

Vous avez été nommé en décembre dernier délégué général de l'Association française du family office (AFFO). Quelle a été votre évolution au sein de cet organisme ?

Lorsque Frédéric Crot et Charles-Henri Bujard m'ont proposé de prendre la direction de l’Association Française du Family Office, j’ai d’abord été très touché. C’est une structure que je connaissais bien et que j’appréciais particulièrement. J’en ai été membre pendant trois ans, au sein du collège des Single Family Office, avant d’en devenir le délégué général. J’avais d’ailleurs renouvelé mon adhésion avec conviction, tant les services proposés et la qualité du réseau m’avaient paru utiles et pertinents.

Au moment de rejoindre l’AFFO, je disposais d’un double avantage : une expérience concrète de membre et une forte adhésion aux valeurs et aux missions portées par l’association, qui fêtera ses 25 ans l’an prochain. Avec un quart de siècle d’existence, l’AFFO a su construire une véritable légitimité dans l’univers du family office, en rassemblant des professionnels de grande qualité, en développant un socle de références techniques solides, et en s’imposant comme un interlocuteur reconnu auprès de nombreuses institutions. Elle incarne aujourd’hui un lieu d’échange, de veille et de réflexion unique, capable d’accompagner les évolutions de la profession et de promouvoir ses bonnes pratiques. Le travail accompli ces dernières années est remarquable, et je prends la direction d’une structure en pleine croissance, ce qui est à la fois très stimulant et très exigeant.

Passionné par ce métier que j’ai exercé pendant 16 ans, je suis particulièrement enthousiaste à l’idée de poursuivre cette aventure aux côtés de Charles-Henri Bujard, notre président, du conseil d’administration et de nos membres.

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours académique et professionnel, notamment dans l'univers du Family Office ?

Comme la plupart des family officers, je n’ai pas suivi de formation couvrant l’ensemble des aspects qui font la richesse et la complexité de ce métier. Et ils sont nombreux : droit fiscal, social, des sociétés, immobilier, droit de la famille, comptabilité, finance, philanthropie, gouvernance… autant de domaines techniques qu’il faut maîtriser, sans parler de la dimension humaine, essentielle, mais que l’on n’enseigne dans aucun manuel. Travailler dans l’intimité d’une famille, c’est aussi savoir faire preuve d’écoute, de discrétion et d’intelligence relationnelle. Les dynamiques familiales sont souvent extrêmement complexes, et le family officer doit être à la fois un facilitateur, tout en restant à sa juste place.

En ce qui me concerne, j’ai été « débauché » d’un cabinet d’audit et de conseil par Léon Cligman, grand industriel du secteur textile (à qui l’on doit le développement du groupe Lacoste) et grand mécène. C’est lui qui m’a initié aux spécificités de cette profession, et j’ai eu la chance d’être à son service et de vivre à ses côtés pendant de nombreuses années. Il m’a formé, transmis ses méthodes et sa vision, et profondément marqué.

Ce parcours, qui n’est finalement pas si atypique dans notre secteur, m’amène à une réflexion plus large : pourquoi n’existe-t-il pas encore de formation qui prenne les jeunes très tôt, dès leurs premiers choix d’orientations, pour leur transmettre les clés de ce métier exigeant et les préparer à y entrer avec une vision d’ensemble ? L’AFFO œuvre déjà activement en ce sens, en proposant, en partenariat avec l’AUREP, une formation dédiée aux jeunes diplômés de niveau Master, ou encore en partenariat avec l’EDHEC en accompagnant les jeunes membres de familles pour les préparer à intégrer les instances de gouvernance familiale. Mais aucun dispositif ne permet aujourd’hui d’initier suffisamment en amont cet apprentissage long et multidimensionnel. Or, je suis convaincu que cette profession a un avenir prometteur, et que l’AFFO a un rôle clé à jouer, à la fois dans la formation continue des professionnels en exercice et dans l’accompagnement des jeunes générations vers cette vocation passionnante, exigeante, et profondément humaine.

Quels sont les grands chantiers que vous souhaitez initier et/ou poursuivre au sein de l'AFFO ?

Je suis très à l’aise pour répondre à cette question, car le Conseil d’administration vient tout juste de valider le nouveau plan stratégique triennal de l’AFFO. Sous l’impulsion de notre président Charles-Henri Bujard, plusieurs axes prioritaires ont été définis avec ambition et clarté.

Nous avons d’abord la volonté de consolider le positionnement de l’AFFO comme l’association de référence des Family Offices en France, pour ses membres comme pour l’ensemble de l’écosystème qui les entoure. Nous poursuivons notre engagement pour la reconnaissance, la compréhension et le développement structuré de cette profession, en promouvant l’excellence, l’éthique, et le partage des meilleures pratiques dans la gestion et la transmission des patrimoines familiaux. Une attention particulière sera aussi portée à la valorisation de l’impact positif des familles sur l’économie et la société françaises, un aspect souvent méconnu mais pourtant fondamental.

Enfin, un chantier essentiel s’ouvre à l’international. Dans un monde où les enjeux patrimoniaux, fiscaux, philanthropiques ou encore de gouvernance familiale dépassent largement les frontières nationales, il est devenu indispensable de faire entendre la voix des Family Offices français au sein des grandes instances internationales. L’AFFO a un rôle à jouer dans cette dynamique : celui de représenter ses membres, de s’inspirer des meilleures pratiques internationales, et de participer activement aux réflexions globales qui façonneront l’avenir de notre métier.

Un petit mot sur les formations qualifiantes de l'AFFO spécialement dédiées aux métiers du Family Office ?

À côté des formations que j’ai évoquées plus haut — comme la formation AFFO/AUREP, qui reste aujourd’hui la seule formation à 360° dédiée aux métiers du Family Office pour les professionnels ou les étudiants disposant d’un Master, ou encore la formation AFFO/EDHEC dont nous terminons la première édition en 2025 — l’AFFO entend aller plus loin dans son engagement en matière de formation.

Nous souhaitons notamment renforcer la formation continue de nos membres en leur proposant de nouveaux formats pédagogiques, comme les « Ateliers techniques métier », très opérationnels et centrés sur des compétences concrètes. L’objectif est que chaque participant reparte avec des outils immédiatement utiles dans sa pratique quotidienne. La richesse et la diversité des sujets liés au Family Office nous obligent à rester en veille permanente et à nous ouvrir aux nouvelles problématiques émergentes.

Par ailleurs, nous réfléchissons à la création d’une formation complète accessible avant le Master, afin de poser très tôt les bases de ce métier complexe et multidisciplinaire. Il est également essentiel pour nous de faire en sorte que, partout où l’on parle de gestion de patrimoine, les spécificités du Family Office soient correctement intégrées et expliquées. Cela permettra non seulement de mieux faire connaître notre profession, mais aussi de susciter des vocations.

Il est vrai que le Family Office reste un marché de niche, que l’on pourrait comparer au secteur du luxe dans la gestion de patrimoine : il exige un haut niveau d’exigence, une expertise fine, et une posture très particulière. À court terme, cela peut créer un déséquilibre entre l’offre et la demande de professionnels. Mais le secteur est en forte croissance, en France comme à l’international. Et après tout, mieux vaut former plus que pas assez : la variété des connaissances ne nuit jamais — bien au contraire.

Quel est le profil des candidats qui veulent travailler en family office ? Quels conseils leur donneriez-vous pour se démarquer ?

Aujourd’hui, nous constatons que les profils qui rejoignent les Family Offices — qu’ils soient single ou multi — sont majoritairement des professionnels expérimentés qui ont bifurqué vers cet univers, plutôt que de jeunes diplômés spécifiquement formés pour ces fonctions. Ils viennent souvent des secteurs de la comptabilité, de la finance, de la banque privée ou encore du notariat, avec un point commun : l’habitude d’accompagner une clientèle haut de gamme et de comprendre ses attentes, son niveau d’exigence, et la discrétion que cela impose.

Il n’existe pas de parcours tout tracé pour intégrer un Family Office, ce qui fait aussi la richesse et la diversité de ces métiers. Les trajectoires sont souvent singulières, et c’est ce qui rend difficile pour un jeune candidat de "viser" directement ce secteur. Il faut avant tout être travailleur, curieux, rigoureux et doté d’un véritable sens du service. C’est un environnement où la compétence technique est indispensable, mais où les qualités humaines — loyauté, fiabilité, discrétion, capacité d’écoute — font toute la différence.

Mon conseil aux jeunes qui souhaitent se démarquer : acquérir une expérience solide au contact de clients exigeants, dans des structures reconnues, et surtout, ne jamais cesser de se former et d’élargir leur champ de compétences. Le Family Office est un univers où l’on ne cesse jamais d’apprendre, et où la polyvalence est une véritable force. Ceux qui réussissent sont souvent ceux qui ont su allier excellence professionnelle et finesse relationnelle.

Quel regard portez-vous sur l'évolution des métiers du Family Office, notamment face à l'émergence de l'IA ?

L’intelligence artificielle est une révolution en marche. La vague grossit chaque jour, dans tous les secteurs, et il serait illusoire de penser que le Family Office pourra y échapper. Nous devons donc nous préparer au déferlement, nous former, tester, comprendre et intégrer ces outils pour ce qu’ils peuvent apporter : un soutien puissant à l’analyse, au traitement de données, à la veille, à l’anticipation, à la réaction, ou encore à l’automatisation de tâches répétitives. L’IA va transformer en profondeur nos façons de travailler les patrimoines familiaux — elle le fait déjà — et il est difficile d’imaginer ce qu’elle deviendra dans 50 ans, surtout avec l’arrivée du quantique.

Mais les métiers du Family Office ont cette particularité précieuse : ils reposent avant tout sur la relation humaine. Ce que je décris plus haut comme la richesse de cette profession — le plaisir d’être ensemble, le lien intergénérationnel, la transmission, l’écoute, le conseil émotionnel, la célébration collective des réussites ou l’épreuve des échecs — rien de tout cela ne peut être reproduit par une machine. L’IA ne remplacera pas, de sitôt, l’émotion de transmettre à ses enfants, la force d’un échange sincère, ou la subtilité d’une relation de confiance bâtie sur le long terme. Pendant 16 ans, j’ai eu le privilège de passer plusieurs heures par jour aux côtés de Léon Cligman. Il m’a énormément apporté, tant sur le plan professionnel qu’humain, et je pense pouvoir dire que ce plaisir était réciproque. Ce type de relation, fondée sur la confiance, la transmission et le partage au quotidien, est unique et profondément marquante. Elle n’est pas reproductible. Nous sommes des êtres chimiques, émotionnels, vivants, et cela, aucune IA ne pourra le copier.

À mes yeux, l’enjeu n’est donc pas de s’opposer à l’IA, mais de savoir l’utiliser sans renoncer à notre essence humaine. Dans le Family Office plus qu’ailleurs, c’est cette capacité à allier excellence technologique et profondeur humaine qui fera toute la différence.

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