Quels signaux pour l’emploi en finance d’entreprise cette année ?
Dans un contexte 2025 marqué par les incertitudes économiques et géopolitiques, le marché de l’emploi en finance d’entreprise subit un ralentissement, mais conserve des fondamentaux solides. Ludovic Bessiere, expert du recrutement en finance chez Hays, nous livre son analyse des tensions, des dynamiques sectorielles et des profils clés qui résistent.
Le marché de l’emploi en finance d’entreprise vous semble-t-il en repli cette année ?
Oui, de manière générale, le marché se contracte, c’est vrai — et cela concerne aussi les métiers de la finance d’entreprise. On sent clairement un ralentissement. Cela dit, on continuera toujours à recruter des profils financiers. On l’a déjà vu lors des précédentes crises : en 2008, pendant le Covid… Ces phases de tension n’annulent pas les besoins, elles les réajustent. Donc oui, ça suit la tendance, mais les fonctions financières restent indispensables.
Qu’est-ce qui, selon vous, conditionne aujourd’hui le recrutement de profils financiers ?
Les processus de décision sont aujourd’hui un peu plus complexes. Juste après le Covid, les entreprises devaient recruter rapidement — les vannes étaient ouvertes, les talents très sollicités, et il fallait aller vite pour ne pas passer à côté. Aujourd’hui, on sent un net changement d’ambiance. Il y a une forme d’épée de Damoclès : l’instabilité géopolitique, une accumulation de signaux économiques flous — ce ne sont pas forcément des crises franches, mais elles suffisent à générer de l’attentisme. Conséquence : les décisions se prennent plus lentement, souvent avec des validations à plusieurs niveaux, y compris à l’international, en dehors de la France. Cela allonge les délais de recrutement et tend globalement le marché.
Est-ce que vous observez des différences sectorielles ?
Paradoxalement, chez Hays — et je parle ici de notre expérience à travers nos 24 bureaux et notre soixantaine de consultants spécialisés en finance — on observe des dynamiques très contrastées selon les secteurs. Des domaines comme le BTP, l’industrie traditionnelle ou l’immobilier sont fortement impactés par la hausse des coûts des matières premières et le climat économique incertain. Résultat : ces entreprises recrutent essentiellement en remplacement, mais très peu sur des créations de poste. À l’inverse, certains secteurs continuent de bien performer. C’est le cas notamment de la pharmacie, ou encore d’un secteur plus de niche comme la parfumerie — j’échangeais récemment avec un collègue basé à Nice, qui couvre Grasse : il observe une demande toujours soutenue en recrutement. L’IT reste aussi un moteur, avec de belles croissances. Dans ces secteurs, on remarque des process de recrutement bien structurés et des circuits de décision plus fluides, parfois même accélérés
Quels sont, selon vous, les autres facteurs qui soutiennent la dynamique de recrutement dans ces secteurs ?
Ce qui me sidère encore en 2025, c’est qu’on a toujours des besoins de recrutement pour faire évoluer des fonctions comptables… qui sont encore sur Excel ! On parle pourtant depuis 15 ans d’outils, d’ERP, de dématérialisation, de reporting automatisé… On pourrait penser que c’est déjà largement en place, mais non. Le déploiement reste très lent, parfois très hétérogène d’une entreprise à l’autre. Et même quand la transformation est amorcée, elle ne s’arrête jamais vraiment. Dès qu’un outil est en place, d’autres arrivent derrière : la facture électronique, de nouvelles normes, des outils d’intégration data… donc on améliore, on met à jour, on forme — et ça continue d’alimenter les besoins en recrutement. Un autre facteur fort, c’est la réglementation. Elle a un poids énorme dans les fonctions financières. Des changements de conventions collectives, des obligations nouvelles, des restructurations juridiques ou fiscales… tout ça pousse les entreprises à recruter des profils capables de gérer ou d’anticiper ces évolutions. Et bien sûr, il y a les sujets IA, data, automatisation : on en parle depuis un moment, mais ils continuent d’évoluer, de se concrétiser, et donc de créer de nouveaux besoins. Et puis il y a aussi les croissances externes, les fusions, les rachats… qui génèrent une complexité nouvelle, et donc des recrutements pour y répondre. Bref, au-delà de la conjoncture, il y a tout un socle de transformations profondes qui continuent de soutenir le marché.
Quels types de compétences ou de profils vous semblent les plus difficiles à identifier actuellement ?
Le contrôle de gestion, c’est clairement un pilier de nos recrutements en finance — chez Hays, c’est même le deuxième poste en volume. Mais là où ça devient vraiment tendu, c’est lorsqu’il s’agit d’identifier des profils spécialisés. Par exemple, un bon contrôleur de gestion industriel, avec une vraie maîtrise des coûts de revient, c’est aujourd’hui un profil stratégique pour les entreprises — et plus rare à trouver. Il y a aussi une tension sur les profils qui combinent contrôle de gestion et outils : SAP, reporting avancé, data… ce sont des compétences très demandées, mais pas si faciles à sourcer. C’est un peu la même chose sur les métiers du credit management. Les profils sont là, mais on a toujours du mal à identifier rapidement ceux qui ont les bons soft skills. Un chargé de recouvrement, par exemple, qui sait à la fois engager, convaincre, négocier, créer un climat de confiance — ce n’est pas si évident. On sait globalement où sont ces talents, mais ils ne sont pas forcément en veille ou ouverts au changement, donc ça demande du temps et de la finesse dans l’approche.
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