Facturation électronique : une réforme à 360° pour les entreprises

Publié le 15/04/2026

À l’approche de l’échéance de 2026, la facturation électronique reste encore largement sous-estimée par les entreprises. Entre complexité réglementaire, transformation des processus et enjeux opérationnels, cette réforme impose une refonte en profondeur des organisations. Rémi Gouyet, avocat associé et en charge de la formation « Facturation électronique : mise en œuvre et contraintes fiscales » chez Lefebvre Dalloz Compétences, alerte sur les retards accumulés et les risques bien réels pour les entreprises qui tardent à s’y préparer.

À l’approche de l’échéance de 2026, la facturation électronique reste encore largement sous-estimée par les entreprises. Entre complexité réglementaire, transformation des processus et enjeux opérationnels, cette réforme impose une refonte en profondeur des organisations. Rémi Gouyet, avocat associé et en charge de la formation « Facturation électronique : mise en œuvre et contraintes fiscales » chez Lefebvre Dalloz Compétences, alerte sur les retards accumulés et les risques bien réels pour les entreprises qui tardent à s’y préparer.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours et votre expertise en matière de dématérialisation fiscale ?

Je suis un ancien avocat associé du cabinet CMS Francis Lefebvre, où j’avais créé le département dématérialisation fiscale. J’ai ensuite fondé e-Tax, une structure spécialisée en dématérialisation fiscale, avec une clientèle principalement composée d’ETI et de grandes entreprises. Par ailleurs, j’anime la formation facturation électronique chez Lefebvre Dalloz Compétences depuis 2003 — donc « bien avant la réforme » — et j’enseigne également à l’EDHEC.

La facturation électronique devient obligatoire en 2026. Les entreprises sont-elles prêtes ?

Non, clairement non. « À date, on a encore beaucoup, beaucoup de clients qui sont très en retard. » Ce retard s’explique notamment par un cadre réglementaire qui continue d’évoluer : « sur certains sujets, ça bouge », avec de nouveaux cas d’usage régulièrement publiés. Mais surtout, les entreprises ont sous-estimé l’ampleur de la réforme. « C’est une réforme quasiment 360 degrés », qui touche à la fiscalité, à l’informatique, à la comptabilité, mais aussi aux processus métiers comme les achats ou les ventes.

Quels sont les risques pour les entreprises qui tardent à se mettre en conformité ?

Il y a bien sûr un risque d’amendes, mais ce n’est pas le principal. « Le risque principal, c’est un risque commercial. » Concrètement, une entreprise non prête pourrait ne plus être en capacité d’envoyer ou de recevoir ses factures. « Le risque, c’est de ne plus pouvoir envoyer ses factures […] et donc d’avoir des soucis pour faire rentrer l’argent dans les caisses. »

Quelles sont les idées reçues les plus fréquentes sur la facturation électronique ?

La principale confusion consiste à penser que la réforme se limite à l’envoi de PDF. « On a encore beaucoup d’entreprises qui ont l’impression que […] ça se limite à généraliser le recours au PDF. Donc là, évidemment, elles ont tout faux. » Une facture électronique, demain, « c’est tout sauf une facture PDF ».

Pourquoi cette réforme est-elle si complexe à mettre en œuvre ?

Parce qu’elle est souvent mal abordée. Il y a « deux écueils » : la traiter uniquement comme un sujet informatique, ou uniquement comme un sujet fiscal. En réalité, c’est un mélange des deux. Les entreprises doivent mener un travail de fond : audit des flux, cartographie, identification des cas d’usage, fiabilisation des données. « C’est un travail de longue haleine, de plusieurs mois. » Et pour celles qui démarrent aujourd’hui, le constat est sans appel : « elles sont déjà très en retard et possiblement même dans l’incapacité de tenir les délais. »

Quelles fonctions sont concernées au sein de l’entreprise ?

Tout le monde. « Ça concerne toutes les fonctions », depuis les opérateurs de saisie jusqu’aux directions financières, en passant par les systèmes d’information. C’est précisément cette transversalité qui rend la réforme difficile à piloter.

Quel impact sur les métiers de la finance et de la comptabilité ?

Il sera majeur. Certaines tâches vont disparaître. « Il n’y a plus de saisie manuelle », puisque les factures seront intégrées automatiquement dans les systèmes. Les processus de validation vont également évoluer, avec des cycles de vie structurés. Plus largement, la réforme peut être utilisée comme un levier d’amélioration : « il faut se servir de la réforme […] pour remettre au carré ses pratiques ».

Votre formation chez Lefebvre Dalloz Compétences vise à répondre à ces enjeux. Quel est son objectif ?

Les participants viennent souvent avec des connaissances partielles. « Ils ont glané quelques informations […] mais manquent de hauteur. » L’objectif est donc de leur donner une vision globale et opérationnelle. À l’issue, « ils repartent avec une to-do list des actions à réaliser » pour se mettre en conformité. La formation couvre tous les aspects : réglementation, points de vigilance, ateliers à mener en interne. Elle est complétée par des modules spécialisés (formats, e-reporting, piste d’audit fiable…).

Comment réagissent les participants ?

Souvent avec surprise. « Ils repartent souvent un peu démoralisés », car ils réalisent que « la réforme est tout sauf simple ». Mais cette prise de conscience est nécessaire pour enclencher les bonnes actions.

Quel conseil donner aux entreprises qui hésitent encore à se lancer ?

« Le maître mot, c’est l’anticipation. » Et pour anticiper, il faut comprendre. « On ne peut anticiper que ce que l’on connaît, que ce que l’on maîtrise. » Or, beaucoup d’entreprises s’appuient encore sur des informations incomplètes. Résultat : elles se réveillent tardivement. « Je pensais que le sujet allait s’amenuiser […] et je m’aperçois que non […] on a des clients qui se réveillent simplement maintenant. » La facturation électronique n’est pas une simple obligation réglementaire. C’est une transformation profonde des entreprises. Et celles qui tarderont à s’y préparer prennent un risque bien réel : ne plus pouvoir facturer.

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