Face aux grandes écoles, les universités reprennent du terrain en finance
Longtemps, en France comme à l’international, les métiers de la finance ont été associés à un vivier bien identifié : les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs. Les universités, malgré des formations solides en économie ou en mathématiques financières, souffraient d’un déficit d’image auprès des recruteurs. Pourtant, depuis une dizaine d’années, cette perception évolue sensiblement. Sans renverser totalement la hiérarchie, elle tend à se nuancer.
Une domination historique des grandes écoles toujours visible
Les classements internationaux continuent de refléter une forte préférence des recruteurs pour les institutions les plus sélectives, souvent des business schools. Le classement 2026 du Times Higher Education sur l’employabilité, fondé sur l’avis de plus de 12 000 employeurs dans 42 pays, confirme cette tendance : en France, la majorité des établissements présents dans le top 50 sont des grandes écoles, comme HEC Paris, l’ESSEC ou l’ESCP .
Cette domination est également visible dans les classements du Financial Times, où les écoles françaises occupent régulièrement les premières places des Masters in Finance, avec des niveaux de salaires élevés à la sortie . Pour les recruteurs, ces institutions jouent encore un rôle de « signal » : intégrer une école très sélective reste une garantie de niveau académique et de capacité de travail. Comme le souligne une enquête auprès de recruteurs, les classements permettent de « minimiser le risque à l’embauche » en identifiant les profils les plus performants .
Une montée en puissance progressive des universités
Cependant, cette lecture traditionnelle est de plus en plus remise en question. Les classements d’employabilité, notamment le GEURS (Global Employability University Ranking), reposent exclusivement sur l’opinion des employeurs et montrent une présence croissante des universités dans les palmarès .
En France, certaines universités comme Paris-Saclay ou Sorbonne Université figurent désormais aux côtés des grandes écoles dans les classements internationaux . Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs.
D’abord, les universités ont profondément transformé leurs formations en finance. Elles proposent aujourd’hui des parcours professionnalisants (magistères, masters spécialisés, doubles diplômes) intégrant stages, alternance et interventions de professionnels. Le magistère Banque-Finance d’Assas, par exemple, combine enseignements théoriques et pratiques avec une forte sélectivité .
Ensuite, les recruteurs valorisent davantage des compétences techniques pointues (data, finance quantitative, programmation), souvent très présentes dans les cursus universitaires. Dans certains segments, comme la finance de marché ou le risk management, les profils universitaires rivalisent désormais avec ceux issus des grandes écoles.
Des critères de recrutement en mutation
Au-delà du diplôme, les attentes des recruteurs évoluent rapidement. Les compétences extra-académiques – stages, projets associatifs, expériences internationales – prennent une importance croissante dans la sélection des candidats .
Cette évolution joue en faveur des universités, dont les étudiants multiplient ces expériences pour se différencier. Par ailleurs, les entreprises accordent une attention accrue à des dimensions comme la diversité des profils, la capacité d’adaptation ou encore la sensibilité aux enjeux ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ces critères tendent à relativiser le poids du seul prestige académique.
Les enquêtes récentes montrent également que les employeurs évaluent de plus en plus les établissements à l’aune de leur capacité à préparer concrètement au monde du travail, et non plus seulement sur leur réputation historique . Cette logique d’« employabilité » bénéficie aux universités qui ont renforcé leurs liens avec les entreprises.
Vers une hiérarchie plus hybride
La réputation des universités dans la formation aux métiers de la finance s’est donc indéniablement améliorée auprès des recruteurs, mais sans effacer la prééminence des grandes écoles. On observe plutôt une recomposition du paysage : les institutions d’élite conservent un avantage en termes d’image, tandis que certaines universités gagnent en crédibilité grâce à la professionnalisation de leurs cursus.
Dans ce contexte, la distinction entre universités et grandes écoles tend à s’estomper, au profit d’une lecture plus fine des parcours individuels. Pour les recruteurs, le diplôme reste un signal important, mais il s’inscrit désormais dans une évaluation plus globale des compétences et du potentiel.
Articles liés
- Greg Keith, de spécialiste des entreprises en difficulté à patron mondial de Grant Thornton
- Jeunes banquiers : savoir utiliser l’IA devient un critère de recrutement
- M&A : peut-on vraiment apprendre les fusions-acquisitions en quelques jours ?
- CFA, AMF, FRM… quelles certifications font vraiment la différence en finance ?
- Oliver Wyman, le cabinet de stratégie qui a fait de la finance sa spécialité