Graduate programmes en banque d’investissement : comment franchir une sélection devenue quasi olympique
Longtemps considérés comme la voie royale pour entrer en banque d’investissement, les graduate programmes n’ont rien perdu de leur attractivité. Au contraire. Dans un marché où les banques recrutent moins largement, où l’IA automatise une partie du travail junior et où les étudiants postulent plus tôt, ces programmes sont devenus l’un des concours les plus sélectifs du monde professionnel.
Les chiffres donnent le ton. Selon Financial News, Goldman Sachs aurait reçu en 2025 environ 360 000 candidatures pour 2 600 places de graduate et internship, soit un taux d’admission proche de 0,7 %. JPMorgan aurait, de son côté, reçu 630 000 candidatures pour 4 100 stages, soit également un taux de succès inférieur à 1 %. Plus largement, l’Institute of Student Employers relevait déjà 188 candidatures par poste dans les services financiers et professionnels, l’un des secteurs les plus disputés du marché graduate.
Comprendre ce que les banques sélectionnent vraiment
Réussir un graduate programme ne consiste donc plus seulement à avoir un bon diplôme ou une première expérience en finance. Les banques cherchent des profils capables de tenir dans un environnement très exigeant, mais aussi de comprendre leur métier. JPMorgan décrit par exemple son programme d’analyst en banque d’investissement comme une immersion dans les métiers d’advisory, de capital markets et de coverage, avec du travail sur les modèles financiers, les rapports et les transactions de grande taille.
Le premier filtre reste le CV. Il doit être lisible, calibré pour la banque visée et démontrer trois choses : une capacité analytique, une exposition à la finance et une cohérence de parcours. Un stage en M&A, audit, transaction services, private equity, corporate finance ou equity research constitue un signal fort. Mais les recruteurs regardent aussi les expériences associatives, les compétitions financières, les projets entrepreneuriaux ou la capacité à expliquer une trajectoire atypique.
Deuxième impératif : postuler tôt. Les calendriers des banques s’ouvrent souvent plusieurs mois avant la prise de poste, et certaines campagnes se remplissent vite. Dans un marché où les candidatures se comptent en centaines de milliers, attendre la date limite revient souvent à se placer en bout de file.
Passer les tests, la vidéo et le « Superday »
Le processus est devenu très standardisé. Chez Goldman Sachs, après la candidature, les candidats sélectionnés passent un entretien vidéo HireVue d’environ trente minutes, puis, s’ils sont retenus, un « Superday » composé généralement de deux à cinq entretiens selon la division. Morgan Stanley met également en avant un parcours en plusieurs étapes : candidature, entretien, conseils de préparation et échanges avec les équipes. Bank of America insiste, de son côté, sur la nécessité de bien connaître les programmes, les échéances et le processus de candidature avant de postuler.
La préparation doit donc être technique et comportementale. Côté technique, un candidat doit maîtriser les bases : lecture des états financiers, valorisation par comparables, DCF, multiples d’Ebitda, structure de dette, impact d’une acquisition sur le résultat par action. Côté comportemental, il doit savoir répondre à des questions simples mais discriminantes : pourquoi cette banque ? pourquoi cette division ? pourquoi maintenant ? que savez-vous des transactions récentes ? quelle équipe vous intéresse ?
La vidéo différée est souvent sous-estimée. Or c’est un exercice de synthèse : une réponse doit tenir en une à deux minutes, avec une structure claire. Les meilleurs candidats préparent des exemples précis selon la méthode situation-action-résultat, sans réciter un texte. Ils savent montrer de l’énergie, de la précision et une forme de maturité professionnelle.
Se distinguer sans surjouer le profil parfait
La différence se joue souvent dans le détail. Les banques reçoivent des milliers de CV aux formats proches. Un candidat qui cite une transaction récente de la banque, comprend la logique sectorielle d’un deal ou explique l’impact d’un changement de taux sur les valorisations marque des points. À l’inverse, les formules génériques — « je suis passionné par la finance » — ne suffisent plus.
Le networking reste également un accélérateur. Participer aux événements campus, contacter des analystes ou associates, demander des échanges courts et ciblés permet de mieux comprendre les équipes, mais aussi d’affiner sa candidature. Il ne s’agit pas de chercher un passe-droit : plutôt de construire une connaissance réelle du métier, qui se verra en entretien.
Enfin, les candidats doivent élargir leur stratégie. Les grandes banques américaines concentrent l’attention, mais les banques européennes, les boutiques M&A, les équipes debt advisory, restructuring, leveraged finance ou coverage sectoriel offrent aussi des portes d’entrée solides. Dans un environnement où Goldman Sachs et JPMorgan affichent des taux d’admission inférieurs à 1 %, réussir un graduate programme repose moins sur une candidature massive que sur une préparation chirurgicale : postuler tôt, cibler juste, maîtriser les fondamentaux et prouver, à chaque étape, que l’on comprend déjà les codes du métier.
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