Lazard, la boutique où naissent les grands banquiers d’affaires
Dans l’univers très fermé de la banque d’affaires, Lazard occupe une place à part. Ni géant bancaire comme JPMorgan ou Goldman Sachs, ni jeune boutique née après la crise financière, la maison fondée en 1848 a construit sa réputation sur le conseil aux dirigeants lors des opérations les plus sensibles. Pour les jeunes financiers, passer par Lazard reste une ligne particulièrement valorisée sur un CV. Et alors que la banque accélère son développement, les opportunités se multiplient aussi pour les profils expérimentés.
Une maison historique devenue une école du M&A
Lazard cultive une singularité vieille de près de deux siècles. Contrairement aux grandes banques universelles, la firme ne construit pas son modèle de banque d’affaires autour du financement de ses clients ou d’immenses activités de marchés. Son métier historique consiste d’abord à conseiller les dirigeants sur leurs grandes décisions : fusions-acquisitions, restructurations, structure du capital ou opérations stratégiques.
Cette indépendance a contribué à bâtir son prestige. Et les dossiers auxquels sont confrontées ses équipes donnent une idée de l’expérience accumulée par les jeunes banquiers. En 2024, Lazard a notamment travaillé sur le rachat de Calpine par Constellation Energy pour 26,6 milliards de dollars, le rapprochement à 15 milliards entre Berry Global et Amcor ou la scission de Vivendi. En 2025, la banque a participé à des opérations comme le rachat de Kellanova par Mars pour 35,9 milliards de dollars. Son activité Financial Advisory a atteint un record de 1,8 milliard de dollars de revenus en 2025.
Cette exposition constitue une formidable école. Les analystes travaillent sur les valorisations, les modèles financiers et la préparation des présentations aux clients, mais sont surtout plongés très tôt dans la mécanique réelle des transactions. C’est précisément cette expérience que recherchent ensuite les fonds de private equity. Le Wall Street Journal a décrit jusqu’où va cette compétition : certains fonds recrutent désormais des analystes de banques d’affaires presque immédiatement après leur sortie de l’université, parfois avant même qu’ils aient véritablement commencé leur programme d’analyst.
Un passage qui ouvre de nombreuses portes
Entrer chez Lazard n’implique donc pas nécessairement d’y effectuer toute sa carrière. Comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, Rothschild ou Evercore, la banque fonctionne aussi comme une pépinière de financiers. Après quelques années, les compétences acquises peuvent mener vers le private equity, le corporate development de grands groupes ou d’autres banques d’affaires.
La réputation de Lazard auprès des candidats reste élevée : dans une enquête 2025-2026 consacrée aux employeurs de la banque d’investissement indépendante, Lazard se place parmi les boutiques les plus recherchées, aux côtés de Rothschild & Co, Evercore et Centerview.
Un détail est révélateur de la bataille qui se joue autour des jeunes banquiers. En 2025, alors que plusieurs grandes banques américaines renforçaient leurs règles pour encadrer le recrutement de leurs analystes par les fonds d’investissement, Lazard choisissait de ne pas leur imposer de déclarer leurs démarches auprès de ces fonds, selon Financial News.
Rester peut néanmoins devenir particulièrement intéressant. Lazard affirme avoir renforcé son modèle d’« apprenticeship », fondé sur la transmission entre générations de banquiers. La progression conduit d’analyst à associate, puis vice-president, director et managing director. Et la stratégie actuelle ouvre davantage de places au sommet.
Lazard recrute pour redevenir plus grand
Depuis l’arrivée de Peter Orszag à la direction générale en 2023, Lazard a en effet changé de rythme. L’ancien directeur du budget de Barack Obama a fixé un objectif spectaculaire : doubler les revenus du groupe d’ici 2030. Reuters rapportait dès son arrivée son ambition de développer simultanément les activités américaines et européennes.
La transformation passe directement par le recrutement. En 2025, Lazard a ajouté 28 managing directors nets dans le Financial Advisory, très au-dessus de son objectif annuel initial. En août 2026, Financial News révélait encore l’arrivée de Marco Superina, ancien responsable du Global Banking de UBS en Suisse. Depuis le lancement de la nouvelle stratégie, environ 40 % du groupe des managing directors a été renouvelé, soit quelque 80 banquiers seniors.
Cette offensive intervient au moment où le marché repart. Financial News estime que les commissions mondiales de banque d’investissement ont progressé de 24 % en 2026, déclenchant une nouvelle bataille entre banques pour recruter les meilleurs dealmakers. Lazard fait partie des acteurs offensifs aux côtés d’Evercore et des grandes banques américaines. Le Financial Times soulignait déjà en 2025 le retour des mandats et des présentations M&A, Lazard indiquant disposer d’effectifs juniors suffisants pour absorber la reprise.
Pour un jeune diplômé, Lazard reste ainsi une école extrêmement exigeante, mais offrant une exposition rare aux grandes opérations. Pour un banquier expérimenté, la transformation engagée par Peter Orszag crée une autre opportunité : rejoindre une maison historique au moment où elle cherche précisément à retrouver une position dominante parmi les boutiques mondiales.
Articles liés
- CFA, AMF, FRM… quelles certifications font vraiment la différence en finance ?
- Oliver Wyman, le cabinet de stratégie qui a fait de la finance sa spécialité
- FP&A : de l’analyse des chiffres à l’influence stratégique
- Pascal Jauffret, l’homme qui veut faire de Forvis Mazars un géant mondial de l’audit
- Family offices : pourquoi les grandes business schools veulent désormais former les gestionnaires des grandes fortunes