Partir pour mieux revenir : pourquoi les banques courtisent leurs anciens salariés
Quitter une banque ne signifie plus nécessairement lui dire adieu. À l'image de JPMorganChase, qui entretient un réseau d'anciens collaborateurs susceptibles de revenir, les établissements financiers redécouvrent les vertus du recrutement « boomerang ». Une stratégie qui permet aux banques de retrouver des talents enrichis d'expériences extérieures et aux salariés de donner un nouvel élan à leur carrière.
Les anciens salariés, un vivier de talents à reconquérir
Et si les meilleurs candidats d'une banque figuraient parmi ceux qui l'ont déjà quittée ? Chez JPMorganChase, les anciens collaborateurs disposent d'un portail alumni leur permettant notamment de manifester leur intérêt pour un éventuel retour. Cette information peut être transmise aux équipes de recrutement, sans pour autant garantir une réembauche.
La démarche illustre une évolution des politiques de ressources humaines. Plutôt que de considérer chaque démission comme une rupture définitive, les entreprises cherchent à maintenir des relations avec leurs anciens salariés. Ces derniers connaissent déjà la culture de l'établissement, ses méthodes de travail et parfois ses équipes. Entre-temps, ils ont pu acquérir de nouvelles compétences chez un concurrent, dans une fintech, un cabinet de conseil ou une autre industrie.
Le phénomène dépasse largement le secteur bancaire. Selon une étude publiée par Visier en 2022, les salariés « boomerang » représentaient jusqu'à 28 % des recrutements observés au début de cette année-là dans son échantillon d'entreprises. Un chiffre qui témoigne de l'importance potentielle du phénomène, même s'il ne saurait être généralisé à l'ensemble du marché de l'emploi.
Pourquoi recruter un ancien collaborateur peut être avantageux
Pour les banques, l'intérêt est double. D'abord, réduire certaines incertitudes liées au recrutement. Un ancien salarié possède déjà une connaissance de l'organisation, de ses procédures et de ses exigences réglementaires. Son intégration pourrait ainsi être plus rapide que celle d'un candidat découvrant totalement l'établissement.
Ensuite, bénéficier d'une expérience extérieure. Un analyste ayant rejoint une société de gestion, un spécialiste des risques passé dans une fintech ou un responsable commercial ayant travaillé chez un concurrent peuvent rapporter des pratiques et des compétences nouvelles.
Mais le retour n'est pas systématiquement synonyme de meilleure performance. Des recherches publiées dans l'Academy of Management Journal et le Journal of Management soulignent que les avantages des salariés boomerang varient selon les situations. Leur connaissance de l'entreprise constitue un atout, sans garantir une progression durable de leurs résultats.
Pour les recruteurs, l'enjeu consiste donc à évaluer non seulement les compétences acquises depuis le départ, mais également les raisons qui avaient poussé le collaborateur à quitter l'établissement.
Revenir pour gagner davantage et accélérer sa carrière ?
Pour les salariés, le retour peut également constituer une opportunité financière. Selon Visier, les collaborateurs réembauchés dans les entreprises étudiées percevaient en moyenne une rémunération supérieure de 25 % à celle qu'ils touchaient avant leur départ. Parmi les managers réembauchés, 40 % n'occupaient pas de fonctions managériales lorsqu'ils avaient quitté leur employeur.
Ces résultats suggèrent qu'un détour par une autre entreprise peut parfois débloquer une progression professionnelle difficile à obtenir en interne. Une mobilité externe permet de valoriser de nouvelles compétences, de changer de métier ou de négocier un poste plus élevé.
Le retour soulève néanmoins plusieurs questions : l'ancienneté acquise avant le départ est-elle reconnue ? Le salarié retrouve-t-il ses avantages précédents ? Comment ses collègues, restés dans l'établissement, perçoivent-ils une éventuelle promotion obtenue après une parenthèse extérieure ?
Les recherches invitent d'ailleurs à la prudence. Une étude portant sur 1 318 managers réembauchés montre que leur performance ne progresse pas nécessairement après leur retour et qu'ils présentent un risque de nouveau départ plus élevé que les autres recrutés.Le recrutement boomerang n'est donc pas une formule miracle. Il fonctionne surtout lorsque les raisons du départ ont été comprises et que le nouveau poste répond réellement aux aspirations du collaborateur.
Pour les professionnels de la banque, une conclusion s'impose : entretenir de bonnes relations avec son ancien employeur peut devenir un véritable atout de carrière. Et pour les établissements, savoir laisser partir un talent pourrait bien être une manière de le retrouver, quelques années plus tard, avec davantage d'expérience.
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