Jeunes banquiers : savoir utiliser l’IA devient un critère de recrutement

Publié le 24/09/2026

Excel, modélisation financière, anglais et connaissance des marchés ne suffiront peut-être bientôt plus pour décrocher un premier poste dans une grande banque. UBS va désormais évaluer la capacité de ses futurs analystes et stagiaires à utiliser intelligemment l’intelligence artificielle. Une évolution qui dépasse largement la banque suisse : à mesure que l’IA automatise une partie du travail traditionnellement confié aux juniors, les établissements financiers commencent à rechercher des profils capables de travailler avec elle.

Excel, modélisation financière, anglais et connaissance des marchés ne suffiront peut-être bientôt plus pour décrocher un premier poste dans une grande banque. UBS va désormais évaluer la capacité de ses futurs analystes et stagiaires à utiliser intelligemment l’intelligence artificielle. Une évolution qui dépasse largement la banque suisse : à mesure que l’IA automatise une partie du travail traditionnellement confié aux juniors, les établissements financiers commencent à rechercher des profils capables de travailler avec elle.

Chez UBS, l’IA entre directement dans les entretiens

Le signal envoyé par UBS est particulièrement révélateur. À partir de sa promotion 2027, la banque suisse demandera aux candidats à ses programmes graduate et stages en Global Banking and Markets de démontrer leur capacité à utiliser l’intelligence artificielle pour gagner en efficacité et améliorer la qualité de leur travail. Des questions consacrées à l’usage de l’IA seront intégrées aux entretiens, rapportait début septembre le Financial Times. 

L’enjeu ne consiste donc plus seulement à avoir utilisé ChatGPT ou Copilot. UBS veut notamment savoir comment un candidat s’est servi de l’IA dans une situation concrète, mais également s’il est capable d’en identifier les erreurs et les limites. La banque maintient d’ailleurs une frontière claire : l’IA peut aider à préparer CV et lettre de motivation, mais elle est interdite pendant les évaluations et entretiens. 

Cette évolution accompagne une transformation beaucoup plus profonde du travail bancaire. Recherche d’informations, synthèse de documents, analyse de données ou préparation de présentations : nombre de tâches historiquement confiées aux jeunes analystes peuvent désormais être partiellement automatisées.

Goldman Sachs illustre également cette évolution. Kim Posnett, co-responsable de l’investment banking de la banque américaine, expliquait récemment que l’IA pouvait permettre aux jeunes analystes d’arriver mieux préparés aux réunions et d’être exposés plus rapidement aux discussions stratégiques. Mais elle insistait simultanément sur la nécessité de conserver une solide maîtrise des fondamentaux financiers et de développer jugement, communication et capacité à construire une relation de confiance. 

Les banques recherchent progressivement des profils hybrides

Le mouvement ne concerne d’ailleurs plus seulement quelques spécialistes de la technologie. Santander propose ainsi un Graduate Programme spécifiquement consacré à la Data et à l’IA. Pendant 27 mois, les jeunes recrues passent notamment par la data, le développement produit, l’analytics ainsi que l’IA agentique et l’automatisation. Fait intéressant : la banque précise qu’il n’est pas nécessaire d’être expert en programmation. Elle recherche également curiosité, capacité analytique, compréhension du business et aptitude à résoudre des problèmes. 

En interne, Santander a déjà engagé une montée en compétences massive : entre 2025 et avril 2026, quelque 35 000 salariés du groupe ont reçu plus de 125 000 heures de formation à l’IA. 

La tendance dépasse même le seul secteur bancaire. Une enquête PwC publiée en août auprès de 1 004 dirigeants des services financiers montre que 62 % prévoient de recruter des collaborateurs disposant de compétences spécifiques en IA au cours des douze prochains mois, tandis que 61 % envisagent de former ou reconvertir leurs salariés actuels. Plus spectaculaire encore : 91 % déclarent augmenter la rémunération des collaborateurs possédant des compétences en IA. 

Le Global AI Jobs Barometer 2026 de PwC, fondé sur l’analyse de plus d’un milliard d’offres d’emploi, observe parallèlement que l’IA renforce l’importance de compétences humaines comme le jugement, la créativité ou le leadership. 

Pour les étudiants, une nouvelle compétence à ajouter aux fondamentaux

Les étudiants ont déjà intégré cette transformation. L’enquête mondiale 2026 du CFA Institute, menée auprès de plus de 9 000 étudiants et jeunes diplômés dans onze marchés, révèle que 72 % se disent capables d’utiliser des outils d’IA dans un environnement professionnel. Mais 59 % considèrent encore l’IA et l’automatisation comme des obstacles potentiels pour décrocher l’emploi qu’ils souhaitent. 

La concurrence reste en effet considérable. Goldman Sachs a reçu suffisamment de candidatures en 2026 pour que son programme de stages affiche, pour la troisième année consécutive, un taux d’admission inférieur à 1 %. Environ 2 500 stagiaires ont finalement intégré la banque. 

Dans ce contexte, savoir utiliser l’IA pourrait progressivement devenir pour les jeunes financiers ce qu’Excel ou la modélisation financière sont devenus au cours des décennies précédentes : moins une spécialisation qu’une compétence de base.

Mais les banques semblent rechercher davantage que de simples utilisateurs de ChatGPT. Le profil qui se dessine est celui d’un jeune financier hybride, capable de comprendre un bilan ou une valorisation, d’exploiter les nouveaux outils d’IA, d’en contrôler les résultats et surtout de savoir quand ne pas leur faire confiance. Pour les étudiants qui préparent aujourd’hui leur entrée en banque, c’est probablement cette combinaison entre expertise financière, maîtrise technologique et jugement humain qui fera de plus en plus la différence.

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