Thomas Toepfer (Airbus) : comment devient-on CFO d'un géant de l'aéronautique ?

Publié le 01/11/2026

Il n'a jamais construit d'avions, ni même travaillé dans l'aéronautique avant de rejoindre Airbus. Passé par McKinsey, les équipements industriels et la chimie, Thomas Toepfer dirige aujourd'hui les finances de l'un des plus grands constructeurs aéronautiques mondiaux. Son parcours pose une question intéressante pour les professionnels de la finance : faut-il devenir expert d'un secteur ou multiplier les expériences pour accéder aux plus hautes responsabilités ?

Il n'a jamais construit d'avions, ni même travaillé dans l'aéronautique avant de rejoindre Airbus. Passé par McKinsey, les équipements industriels et la chimie, Thomas Toepfer dirige aujourd'hui les finances de l'un des plus grands constructeurs aéronautiques mondiaux. Son parcours pose une question intéressante pour les professionnels de la finance : faut-il devenir expert d'un secteur ou multiplier les expériences pour accéder aux plus hautes responsabilités ?

De McKinsey à Airbus, un parcours loin des pistes d'atterrissage

Né à Hambourg en 1972, Thomas Toepfer est titulaire d'un doctorat en gestion de la WHU – Otto Beisheim School of Management, en Allemagne. Il débute sa carrière chez McKinsey, où il se familiarise avec les problématiques de stratégie et de transformation des entreprises.

Il poursuit ensuite son parcours chez Karstadt, dans la distribution, avant de rejoindre KION Group, spécialiste des chariots élévateurs et des équipements de manutention. Il y exerce plusieurs responsabilités de direction, notamment comme directeur financier.

En 2018, il devient CFO de Covestro, groupe allemand de chimie industrielle issu de Bayer. Son périmètre dépasse alors largement la comptabilité : il supervise notamment les financements, les relations investisseurs, la fiscalité, les systèmes d'information et les questions juridiques.

Lorsqu'Airbus annonce sa nomination en février 2023, il possède une solide expérience de la finance industrielle, mais aucune expérience professionnelle directe dans l'aéronautique. Il prend officiellement ses fonctions en septembre de la même année.

Sa première priorité chez Airbus ? Visiter les usines

Comment prendre la direction financière d'un constructeur aéronautique lorsqu'on vient de la chimie ?

Thomas Toepfer a apporté quelques éléments de réponse dans un entretien publié dans le rapport annuel 2023 d'Airbus. Il y souligne que Covestro et Airbus, malgré leurs différences, partagent une caractéristique fondamentale : ce sont deux entreprises dont les activités reposent fortement sur la technologie.

Il reconnaît néanmoins avoir dû acquérir rapidement de nombreuses connaissances sur son nouvel environnement.

Sa méthode consiste alors à privilégier le terrain. Dès son arrivée, il explique avoir voulu visiter autant de sites industriels que possible pour comprendre les opérations du groupe.

Cette démarche n'a rien d'anecdotique. Dans l'aéronautique, les résultats financiers dépendent étroitement des cadences de production, de la disponibilité des composants et du respect des calendriers de livraison.

En 2025, Airbus a réalisé 73,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et livré 793 avions commerciaux. Son flux de trésorerie disponible avant financement des clients a atteint 4,6 milliards d'euros.

Pour un CFO, comprendre les contraintes des chaînes d'assemblage et les difficultés des fournisseurs devient aussi important que maîtriser les mécanismes de financement.

Existe-t-il un parcours idéal pour devenir CFO ?

La trajectoire de Thomas Toepfer soulève une question : faut-il gravir les échelons de la fonction finance dans une même entreprise ou multiplier les expériences pour accéder à la direction financière d'un groupe mondial ?

En étudiant les carrières de 97 directeurs financiers allemands, Jan-Niklas Bartel, chercheur à l'Université technique de Munich, a identifié cinq grands modèles de parcours. Certains CFO progressent au sein d'une même organisation, d'autres développent une expertise spécialisée avant d'être recrutés à l'extérieur, tandis qu'une troisième catégorie construit sa carrière en passant par plusieurs fonctions et entreprises.

Le parcours de Thomas Toepfer illustre cette dernière logique de mobilité, associée à une expertise financière industrielle. Mais changer de secteur implique aussi de reconstruire une partie de ses connaissances.

Dans un article publié par la Harvard Business Review, Boris Groysberg et ses coauteurs ont montré, à partir des carrières de vingt anciens dirigeants de General Electric, que les compétences managériales ne se transfèrent pas automatiquement d'une entreprise à une autre. Leur efficacité dépend notamment de l'adéquation entre les expériences du dirigeant et les caractéristiques de sa nouvelle organisation.

On comprend mieux, dans cette perspective, pourquoi Thomas Toepfer a consacré une partie de ses premiers mois chez Airbus à visiter les sites industriels. Il ne s'agissait pas simplement de découvrir les produits du constructeur, mais d'acquérir les connaissances opérationnelles propres à un environnement nouveau.

Airbus et Boeing : deux écoles de la direction financière

La comparaison avec Boeing est particulièrement révélatrice.

Nommé CFO du constructeur américain en 2025, Jesus « Jay » Malave présente un parcours sensiblement différent. Avant Boeing, il a dirigé les finances de Lockheed Martin et de L3Harris Technologies, deux acteurs majeurs de l'aéronautique et de la défense. Il avait auparavant passé plus de vingt ans chez United Technologies.

Là où Thomas Toepfer a développé son expertise dans plusieurs industries, Jay Malave a construit une grande partie de sa carrière au sein d'un même écosystème industriel.

Ces deux trajectoires illustrent des stratégies professionnelles distinctes : la mobilité intersectorielle d'un côté, l'approfondissement d'une expertise sectorielle de l'autre.

Les défis financiers des deux constructeurs diffèrent également. Airbus doit notamment accompagner sa montée en cadence industrielle et sécuriser sa chaîne d'approvisionnement, tandis que Boeing poursuit le redressement de ses performances opérationnelles et financières.

Il serait toutefois excessif d'en conclure qu'un modèle de carrière est supérieur à l'autre. Le profil recherché dépend aussi de la situation particulière de l'entreprise.

Le CFO, bien davantage qu'un expert des chiffres

Le parcours de Thomas Toepfer témoigne finalement de la transformation de la fonction de directeur financier.

Dans un groupe industriel mondial, le CFO ne se contente pas de superviser les comptes, la trésorerie ou les relations avec les investisseurs. Il participe aux arbitrages stratégiques, évalue les investissements, anticipe les risques et doit comprendre les contraintes opérationnelles de l'entreprise.

Cette évolution ouvre plusieurs voies d'accès aux plus hautes responsabilités financières. Une carrière dans le conseil, le contrôle de gestion, la finance opérationnelle ou la direction financière industrielle peut constituer un tremplin, à condition de développer progressivement des compétences de management et de pilotage stratégique.

L'expérience de Thomas Toepfer rappelle surtout qu'une expertise financière, même acquise au plus haut niveau, ne dispense jamais d'apprendre.

Pour devenir CFO d'Airbus, il n'est pas indispensable d'avoir passé toute sa carrière dans l'aéronautique. Mais il faut être capable de comprendre rapidement une industrie complexe et de transformer cette connaissance en décisions financières.

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